cycle — des identités


présentation du cycle
des identités




La Compagnie La Controverse initie en 2016-2017 un travail collectif nouveau.
Un travail par cycles de recherches.



Le collectif réunit trois artistes, chacun étant porteur de ses créations, de ses formes, dans le même souci d’une exigence portée à l’écoute des textes de notre contemporain.
C’est-à-dire des textes qui disent notre contemporain.
Ou, comme le dit bien Giorgio Agamben, de toutes les paroles et de tous les gestes qui s’inscrivent au creux même de l’écart entre l’individu et l’époque.
Car tel est ce que l’on peut appeler le contemporain : la faille, poétique et politique, qui déstructure l’époque, qui est donc l’inverse d’une adhésion béate aux signes de l’actualité. Le contemporain comme geste depuis l’inactuel. Le contemporain comme ce qui déconstruit l’actualité au cœur même du présent.

Ce premier cycle de recherches de la compagnie s’intitule :
des identités.


Précisément parce que les actualités sont remplies, jusqu’à la nausée, de l’injonction qui nous est faite de revendiquer une identité, de la nommer et de la défendre. Cette identité-là, unique, univoque — au moins dans l’esprit de ceux qui la profèrent et la portent comme un étendard — voilà l’ennemi.
Ce cycle est donc une attention portée aux identités multiples, changeantes, composites, souvent impures, forcément impures.

Chacun des trois artistes de la compagnie propose donc une forme singulière pour répondre à cette orientation de nos recherches.
On pourrait bien-sûr faire la liste des points communs formels qui existent entre ces trois propositions.
Ces points communs sont ce qui anime notre travail collectif, ils sont la colonne vertébrale de notre association, du groupe que nous formons.
Ici, chaque parole est portée par une comédienne seule, accompagnée d’un musicien, ou plus largement d’un dispositif multimédia (son, vidéo, lumière…).

Mais avant tout, le cycle des identités est porté par le geste d’où émergent les paroles que creusent nos trois propositions.

Plutôt que de chercher, dans le travail collectif, une unité supposée des formes théâtrales, ou une méthode de travail reproductible à l’infini, nous voulons porter le théâtre auquel nous aspirons, fait de la multiplicité des disciplines, des approches et des obsessions de chacun.
Trois propositions, donc, comme trois faces d’une pièce unique, trois regards portés dans la même direction.
Trois manières, trois postures, trois gestes même, comme trois tentatives de porter le combat sur un territoire, celui de l’identité, largement occupé par des pensées xénophobes et terriblement dangereuses, et qui se croient majoritaires.

Trois manières de leur prouver qu’ils auraient tort de croire que le terrain leur est acquis.


/// LES TROIS PROPOSITIONS DU CYCLE DES IDENTITÉS

1. Layla — à présent je suis au fond du monde
Jérémie Scheidler a réalisé il y a huit ans des entretiens avec une amie d’origine algérienne qui lui a raconté longuement un épisode de sa vie, une bouffée délirante. A partir de cette matière, un travail d’écriture fait émerger la parole singulière de Layla, accompagnée par un dispositif vidéo/lumière/son en temps réel (travail avec des capteurs) qui met la comédienne au centre de la proposition plastique.
Layla, au cœur d’une histoire post-coloniale dont elle hérite bien malgré elle, met toute son énergie, jusqu’à la folie, dans un geste d’arrachement aux assignations identitaires, et cherche sa liberté dans le départ, constant, jamais arrêté, dans la marche…

2. Pas dans le cul…
Jeanne Videau, accompagnée de Sébastien Bouhana au sein de leur duo Feuille, propose de faire entendre une lettre de la poétesse Jana Çerna. C’est la parole d’une femme qui s’interroge, dans le présent de son adresse à l’homme qu’elle aime, sur sa condition de femme. Ou comment se construit, par l’érotique des corps et des mots, un geste de femme dans notre monde.

3.Oratorio | Antoine d’Agata
Marie Charlotte Biais, avec le musicien Daunik Lazro et la chorégraphe Marie Cambois, travaille à partir des textes du plasticien Antoine d’Agata. Ici, la question des identités, protéiformes, passe très concrètement par le corps de l’artiste, dans son travail photographique, mais aussi dans son corps d’écriture. Son corps devient la surface précise d’une mise en danger, d’un « long et raisonné dérèglement de tous les sens » seul capable d’entrer en rapport avec soi, et de s’échapper des identités imposées pour construire un être sensible, traversé de tout ce que le monde contient de violence, un être qui, au bout de ce voyage sans fin, peut dire « je ».