les créations antérieures


je, jackie



Un spectacle proposé par Fred Naud et La Controverse
http://jejackie.blogspot.fr/

Texte : Fred Naud
Mise en scène : Marie Charlotte Biais
Collaboratrice artistique : Laetitia Ajanohun


Interprétation :
Jeanne Videau
Jérémie Scheidler


Création vidéo : Jérémie Scheidler
Musique : Chloé Lacan


*** SPECTACLE CRÉE EN JANVIER 2014 AU THÉÂTRE DU GRAND ROND — TOULOUSE ***

Production: Sur une proposition du théâtre du Grand Rond (Toulouse) et en association avec le théâtre du Tracteur (Cintegabelle), Je, Jackie a obtenu l'aide de la Région Midi Pyrénées dans le cadre du dispositif « Soutien aux Résidences-Association », ainsi qu'une aide du département de Haute Garonne.

Adolescent, je veux écrire, être poète. J’imite Victor Hugo, mal ; Saint Paul Roux, pire. Et alors que j’essaie de copier Rimbaud, je reçois une lettre de ma grand-mère. Sur un papier publicitaire, elle a écrit dans tous les coins un patchwork de phrases, passant d’un sujet à l’autre. C’est son habitude de nous écrire un flot de phrases sans queue ni tête sur des bouts de papiers, d’enveloppes ou de tracts. Habituellement, exaspéré, je ne prends même pas la peine d'ouvrir. Mais ce jour-là, je lis et je trouve ça beau. Enervant, mais beau.
J'essaie de l’imiter par association d’idées. J’ai l’impression désagréable - coupable - d’emprunter le chemin qui mène à sa folie - ma grand-mère ayant été internée plusieurs fois en hôpital psychiatrique... Les premières fois, j’en sors épuisé.
De ce flot de mots qui surgissent jours après jours, naît un personnage que j'appelle tantôt Jacky, tantôt Jackie. Il exprime toute la violence que je contiens si bien en société. C'est mon défouloir, mon putching-ball, mon vide-ordure, mon trop plein... Il-elle est cruel-le, violent-e, sadique, indécent-e, vulgaire...
A 28 ans, je brûle ces textes que je juge trop durs. Mais l’autodafé ne sert à rien, ils reviennent 10 ans plus tard. Si je ne suis pas sûr que ce soient les mêmes, c’est au moins la même source, la même violence. Mais qu’en faire ?
Lorsque Jeanne Videau me demande de les dire sur scène, je refuse. Pourquoi donner ça au monde ? Il a fallu la découverte des textes des fous de Saint-Alban, pour que cela prenne un sens : si je m’autorise à dire en public ces textes qui n’étaient pas prévus pour la scène, comment refuser à d’autres d’y amener les miens ?
J'ai écrit le texte final avec la complicité de Jeanne Videau, Marie-Charlotte Biais et Jérémie Scheidler. C'était en janvier 2013, lors d'une semaine de résidence au théâtre du Tracteur, à partir d'improvisations scèniques et d'échanges sur le fond et la forme.

— Fred Naud

Note de mise en scène

Je, Jacky a la forme d’un témoignage. Il raconte comment admettre, négocier et vivre avec ce que l’on nomme communément « ses démons ». Ce terme contextualise déjà clairement dans quel monde et sous quelle morale évolue notre personnage… Un monde cloisonné, comprimé dans la culpabilité, un monde normalisant dans lequel brille des idéaux inhumains encourageant toute forme de fanatismes, non nécessairement religieux, mais balisés d’ « icônes de perfection, d’unicité », condamnant implicitement toutes formes d’aspérités, de troubles, de vertiges. Il est bien question de marge, vivre en marge de ce système de valeur. Cohabiter avec ce qui de nous, nous échappe, prendre le risque de vivre avec, cohabiter avec cette peur, l’intégrer et la défendre contre un système d’uniformisation bientôt criminelle. Je, Jackie retrace le chemin, familier, drôle et violent, de ce dialogue que nous entretenons avec nous-­même, de cette relation avec notre double irraisonné, que l’on tente incessamment de pacifier. Jacky s’incarne en deux corps, en deux sexes, complexifiant ainsi davantage le rapport à cet autre nous-­même, étranger : Jacky comme l’enveloppe physique de notre héros, comme l’héritier de cette culture de la perfection. Jackie comme l’incarnation de tout ce qui est en nous réprimé, indisciplinable.